February 22, 2024
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Opinion

Édito – Coupeur de têtes !

Nando Bodha trois ans, et Rama Valayden deux ans, au poste de Premier ministre. Why not en fait ? En 55 ans, seulement deux familles, les Ramgoolam et les Jugnauth, ont monopolisé ce poste, ne laissant que des miettes à Paul Bérenger. Il est donc temps que des nouvelles têtes postulent pour le  plus haut échelon du pouvoir.

Mais sachant que notre électorat est coupeur de têtes, ne voulant jamais donner la chance aux nouveaux, surtout s’ils ne sont pas de la bonne caste et de la bonne communauté, attendons donc voir comment les Mauriciens réagiront, dans les urnes s’entend, à cette nouvelle candidature à l’israélienne. Et il ne faudrait pas oublier que Roshi Bhadain a lui aussi dit son intention de briguer les suffrages comme candidat au poste de Premier ministre.

La question qui se pose : Pourquoi Bodha a attendu aussi longtemps pour affirmer ses prétentions ? Comme Arvind Boolell, il a vécu dans l’ombre du leader, et n’osait jamais remettre ce leadership en question. Jusqu’à ce qu’arrive la mort de Soopramanien Kistnen et d’autres bouleversements au MSM. Et Nando Bodha quitta le parti Soleil, attiré par la promesse que Bérenger le présenterait comme Premier ministre. Et puis, Navin Ramgoolam est revenu et Bodha fut mis sur la touche. Parce que, comme Rama Valayden, il osait contester le leadership de  Ramgoolam.

En s’affirmant donc comme challenger de Pravind Jugnauth et de Navin Ramgoolam, Nando Bodha fait aussi taire les rumeurs qui disaient qu’il « roulait » pour le MSM. Maintenant tout est clair, sans pour autant signifier qu’il a un boulevard devant lui. Car, il est un Vaish qui pose dans la ville, et non à la campagne. Et s’il maîtrise bien le français, l’anglais, l’hindi et le bhojpuri, ayant même entamé un pélérinage en Inde,  Nando Bodha  ne part pas favori. Il sait qu’il a toute une  montagne, qu’il a aidé à construire !, à escalader. Et pour avoir été longtemps au pouvoir, il sait combien l’appareil d’Etat est redoutable quand il est utilisé contre l’opposition. Surtout que maintenant le Privy Council a trouvé que les promesses électorales étaient « normales » !

Quid de Rama Valayden ? Celui que Bérenger traitait jadis de « voyou » est aujourd’hui un Avenger avéré, épousant le profil d’un Sir Gaëtan Duval, son mentor, et défendant les causes difficiles. Ce qui lui a valu maints passages aux Casernes Centrales, et des menaces de morts provenant des rangs de ceux qui le voient comme un empêcheur de tourner en rond. A-t-il pour autant la « carrure » d’un Premier ministre ?

Il n’a pas mal fait comme Attorney General, dépoussiérant des dossiers, lançant des idées novatrices comme le bracelet électronique, la dépénalisation du gandia et de la sodomie et le travail d’intêret  général (que Sam Lauthan mettra ensuite en place).Ce ne fut pas suffisant pour lui valoir une réélection au N0. 19. On lui reproche son entourage, composé d’anciens repris de justice (la même accusation fut faite contre Sir Gaëtan), et des postures contradictoires. Il joue sûrement son dernier coup de dé en politique, tablant sur l’affaire Kistnen pour se relancer. Mais s’il n’apporte rien de nouveau sur ce dossier, la population comprendra qu’il bluffe, et qu’il ne trouvera jamais le ou les assassins de l’ancien chef-agent du MSM dans la circonscription N0. 8 !

Alors Bodha/Valayden duo gagnant aux prochaines élections ? Pas si sûr. Ils savent qu’ils auront en face d’eux l’alliance des trois partis mainstream d’opposition, le Ptr, le MMM et le PMSD, et le MSM, qui a l’appareil d’Etat et l’argent pour lui. Comment donc combattre ces « dinosaures » et mastodontes ? Il faudra un programme politique et  un vote massif de la ville et de la campagne pour espérer gagner. Mais 2024 constitue un tournant. Rien n’est acquis dans ces prochaines élections.

La population, paraît-il, veut du changement. Pour l’heure, Pravind Jugnauth table sur les réalisations de son gouvernement, oubliant de sanctionnant les ministres et députés qui « fanent ».A l’heure des comptes, il aura à expliquer pourquoi Ivan Collendavelloo était sanctionnable pour l’affaire Saint-Louis, et sur la base de quel « papier » Et il devra aussi des explications sur les hôpitaux mal gérés, la mort des dialysés, les hécatombes sur nos routes et le trafic de drogue qui ne donne aucun signe d’essoufflement.

En face, Ramgoolam demandera à faire partir l’actuel titulaire. Ce qui est insuffisant comme argument. Son alliance n’a pas encore de programme, et il fait des promesses au petit bonheur, et ne propose pas des choses concrètes. En somme, il montre qu’il ne va rien bousculer. Juste éjecter  un concurrent. Et refaire partir l’avion vers quelle destination ?

Au moins Roshi Bhadain a 80 réformes de notre société  déjà prêtes. Mais encore une fois, les électeurs ne votent pas avec leurs esprits, mais avec leurs pieds. Leur manie de « koupe transe » a valu au pays de ne pas connaître d’autres candidats au poste de Premier ministre. Cette fois-ci, plus aucune excuse pour le peuple. Il y a Nando Bodha, Rama Valayden et Roshi Bhadain. Ne venez pas dire qu’il n’y avait pas de choix entre les Jugnauth et les Ramgoolam !

Sedley Assonne

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