June 28, 2022
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Opinion

Enjeu alimentaire : peut-on tout produire à Maurice ?

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La question alimentaire ne cesse de provoquer des débats passionnés depuis mars 2020 lorsqu’une première menace sur l’accès aux produits alimentaires manufacturés s’était fait sentir à Maurice. Du coup, on avait émis l’idée que les Mauriciens pourraient faire pousser certains plants chez eux, dont des légumes fins, à défaut d’avoir leurs papayers, des arbres de fruits à pain et autres jacquiers. On a commencé à faire valoir que le secteur sucrier n’était plus viable et le développement de l’immobilier était en train de ronger les derniers champs de terres cultivables.

Champs et épierrage, irrigation et semences…

L’idée de mettre sur pied une filière agro-industrie a été vivement défendue, sans trop savoir ce que celle-ci impli- quait comme conditions pour sa réussite : d’immenses champs, l’épierrage, une topographie adéquate pour les cultures, l’accès à l’eau pour l’irrigation et des semences, des légumes de qualité et, enfin, un marché afin de viabiliser une telle industrie. Les débats se multiplient sur les radios pour faire valoir la nécessité de sécuriser notre accès à l’alimentation en cultivant nos propres légumes, sans oublier le bétail et le lait. À ce jour, aucune réflexion n’a été produite sur l’enjeu alimentaire : pourquoi nous n’arrivons pas à cultiver les légumes dont la population a besoin ?

Dans les années 60-70, il y a eu pourtant l’amorce d’un projet d’autonomie alimentaire à l’échelle des familles, à travers le mouvement des Young Farmers. Dans des régions rurales, on a vu des familles commencer à cultiver avec un certain succès des mandariniers et des oranges. Puis, pour des raisons liées à des pressions des lobbys de l’importation, le projet a été abandonné. Dans les années 80, c’est l’ex-ministre de l’Agri- culture Jugdish Goburdhun qui vint avec un ambitieux projet proposant que chaque famille mauricienne plante deux arbres : un arbre de fruits à pain et un avocatier. Mais, malheureusement, le projet n’eut aucun soutien de son gouvernement.

Fast-foods

Entretemps beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : la société de consommation avec son mode de vie à l’occi- dentale gagne chaque jour du terrain. Ce mode de vie, vendu avec son accès à l’internet, se présente comme le fleuron de ce nouveau style de vie. Il est même devenu ringard de consommer des ‘bouyon bred’ ou autres ‘satini’ et ‘touffe’. En fait, c’est toute l’île Maurice qui a subi le rouleau compresseur de la société occidentale, avec son influence grandissante sur notre manière de consommer. Est-il si surprenant, dès lors, que personne ne veuille planter des brèdes ou autres fines herbes dans le moindre petit espace de la maison ? Aujourd’hui, nous payons chèrement le prix de ce choix de mode de consommation. Et nous faisons preuve d’une grosse naïveté en croyant pouvoir atteindre la sécurité alimentaire alors que partout poussent comme des champignons des fast-foods.

Glissement de la pandémie

Une bonne chose tout de même dans ce tableau encore sombre : le glissement de la pandémie sur notre terri- toire. C’est un très bon signe qui permettra aux hôteliers de promouvoir davantage la destination mauricienne, en espérant atteindre le statut de pays « Covidsafe ». Comme nous le faisions ressortir dans un dernier article, la campagne de vaccination a été confortée par une bonne « response » de la population, consciente que l’enjeu sanitaire est au centre de la reprise. Petit à petit, l’île Maurice renoue avec une situation où prévaut un bon état d’esprit. Partout, à travers l’île, nous voyons que les activités économiques reprennent selon leur rythme alors que les opérateurs dans le secteur de l’hôtellerie et le gouvernement multiplient les efforts pour créer les conditions nécessaires afin d’atteindre l’objectif d’un million de touristes d’ici fin 2022.

L’enjeu majeur est de retrouver une île Maurice « covidsafe » afin de sécuriser la population en sachant que d’autres facteurs, tels que la situation sanitaire ailleurs et le conflit militaire en Ukraine, sont hors de notre contrôle. Le gouvernement doit conjuguer tous ses efforts, à tous les niveaux, des collectivités locales aux corps paraétatiques, afin de renvoyer l’image que la bonne gouvernance prévaut.

Tout doit mis en œuvre pour donner un nouveau souffle au développement, à la relance économique pour une île Maurice meilleure pour tous.

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