May 20, 2024
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Main-d’oeuvre et travailleurs étrangers: maux de tête pour les Patrons.

Opinion

Le sujet est sur la table de nombreux chefs d’entreprises depuis l’année dernière au moment où l’ile Maurice a confirmé la reprise dans de nombreux secteurs, dont celui du tourisme : la main-d’œuvre locale manque à l’appel alors que le gouvernement ne haite pas laisser les portes ouvertes à la main-d’œuvre locale. D’autre part, les syndicats exercent des pressions sur les employeurs locaux en vue d’augmenter les salaires offerts aux Mauriciens. La situation ressemble au serpent qui se mord la queue : pour maintenir le rythme de la reprise et l’accélérer dès cette année, nos entreprises ont besoin de toutes les compétences disponibles à Maurice, mais celles-ci, dont une majorité de jeunes sans diplômes et véritable formation professionnelle, rechignent à s’engager durablement, en invoquant les ‘bas salaires’ pratiqués. Mais, le patronat met de l’avant le fait que la reprise demeure encore fragile et reste tributaire de l’économie mondiale, et de ce fait, il lui faut toutes les forces productrices pour s’installer durablement dans la relance, laquelle permettrait d’offrir des salaires souhaités. Cette situation nécessite une véritable réflexion fondamentale sur l’économie de l’île Maurice, les relations entre les employeurs, les travailleurs, les syndicats et le gouvernement. Mais aussi sur les attentes de la nouvelle génération dans un pays où certains ne cessent de vanter sa modernité à coups de phraséologies souvent sans ancrage dans notre réalité comme les technologies nouvelles, les industries du futur ou encore l’intelligence artificielle.

technologies nouvelles

Faut-il montrer les grandes galeries commerciales, les espaces shopping ou encore le nombre de smartphone en usage à Maurice pour se convaincre que nous sommes définitivement ancrés dans une ère nouvelle ? S’il est admis que les technologies nouvelles servies par les smartphones sont destinées à avoir naturellement leur place dans notre vie quotidienne – le paiement dit ‘intelligent  décourageraient les malfrats à détrousser les seniors, la classe de citoyens la plus vulnérable aux agressions-, il est néanmoins vrai que la nouvelle génération dans toutes ses composantes ethniques est encore loin d’avoir adopté le smartphone comme outil par excellence dans la vie quotidienne. Mais, le problème est ailleurs… Le refus de certains jeunes de travailler pour des salaires de ‘début’ trouve son explication dans l’image d’une société de ‘haut niveau’ (caractérisée précisément et entre autres par des smartphones ultras sophistiqués) que projettent certaines publicités. Il faut dire que depuis que notre pays a connu le fameux « miracle économique », très médiatisé et particulièrement salué en Afrique, nous avons évolué vers une économie progressiste. Nous n’avons plus droit à l’erreur et nos leaders, notre secteur privé et nos employés sont tous évalués en fonction de ce « miracle ». Si cet essor économique n’est pas dû au hasard mais bien le fruit de l’effort sous l’impulsion d’un gouvernement visionnaire, aujourd’hui il manque les conditions nécessaires afin de soutenir la relance durablement. L’une de ces conditions est certainement le goût de l’effort et la capacité d’attente et d’apprentissage, parfois dans des conditions difficiles. Pourtant, nos jeunes et moins jeunes sont capables de faire face à eux lorsqu’ils sont à l’étranger. Que ce soit aujourd’hui ou hier, ils peuvent y parvenir…

Années 70

Il faut juste se rappeler que dans les années 70, des Mauriciens par milliers émigraient en France et en Angleterre qui pour faire la bonne qui pour se faire ‘nurse’ dans des conditions incertaines mais armées de leur seule volonté de ‘gagner une vie’, rembourser une dette laissée au pays et, éventuellement, faire venir les jeunes frères et sœurs. Des années plus tard, en Angleterre, certains ont connu un tel succès qu’ils sont devenus des maires, des chefs d’entreprise, des médecins, des banquiers chevronnés ou des directeurs de foyers. En France, les autres ont très bien intégré le capital et leurs enfants ont eu du succès dans le processus académique. Leur réussite pour tout le monde est due au sacrifice de soi et aux objectifs qu’ils avaient en tête, ayant intériorisé l’idée que l’effort finit toujours par être payé. Plus près de chez nous, des familles mauriciennes ont quitté pour le Canada, bravant le froid du Grand Nord, avec des objectifs en tête. Et au cours des deux dernières années, une tendance migratoire s’est manifestée vers le Canada, avec d’autres Mauriciens animés d’un certain idéal, après avoir perdu foi en l’île Maurice.

Les migrations

Les migrations ont toujours existé partout dans le monde là où il y avait un besoin de main-d’œuvre bonne marché et obéissant alors que celle des pays qui l’accueillait passait pour être trop chère. Est-ce le cas à Maurice aujourd’hui et à un moment où l’économie mauricienne doit mobiliser l’ensemble de ses compétences ? Avant l’apparition de la Covid-19, des opérateurs dans divers secteurs d’activité se plaignaient du manque de main-d’œuvre ou encore d’une certaine pratique où des jeunes salariés fraichement embauchés se contentaient seulement du premier salaire. Il n’existe à ce jour aucune étude sur les raisons qui expliquent une telle situation ni non plus sur les attentes des jeunes Mauriciens sur les salaires qu’ils souhaitent pour leur premier emploi. Pourtant, selon une étude sur les salaires offerts aux travailleurs étrangers à Maurice, les salaires de ceux-ci peuvent atteindre Rs 30,000, heures supplémentaires comprises. Le seul fait est que les étrangers exerçant dans tous les secteurs sont de vrais bosseurs, les expatriés étant venus avec leurs familles, la main-d’œuvre asiatique elle exerçant parfois jusqu’à la tombée de la nuit et durant les jours fériés également.  Comment pouvons-nous régler ce problème, qui est de plus en plus aigu? Il faudrait, encore une fois, une véritable concertation entre le patronat, les syndicats et le gouvernement pour cerner ses divers aspects, tout en admettant que les étrangers sont indispensables dans certains secteurs à main-d’œuvre intensive.

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