May 24, 2024
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Opinion

Quid du vœu des Chagossiens ?

Si Pravind Jugnauth a déclaré vouloir aller jusqu’au bout de son mandat, en l’an 2024 donc, c’est qu’il y a un « unfinished business » qu’il entend terminer. Et c’est le dossier Chagos. Après les plaidoiries devant les Nations Unies et le Tribunal Pénal International, le Premier ministre parle maintenant directement avec Américains et Britanniques.

S’il a effectivement rencontré Joe Biden, lors de son périple aux EtatsUnis, on attend voir quand il y aura une rencontre avec Rishy Sunak. Mais si la diplomatie de coulisse se déroule maintenant au grand jour, et que le gouvernement se dit prêt à laisser Diégo Garcia dans l’escarcelle US, la présence de l’Inde à la table des négociateurs est l’élément nouveau qui s’est ajouté à cette saga, qui dure depuis 1965 !

On se rappellera que Pravind Jugnauth a toujours maintenu que l’Inde ne construit pas une base militaire à Agaléga. Et si c’était vrai ? Et que la vérité se trouverait tout simplement ailleurs ? Des mauvaises langues prétendent que si l’Inde a offert ses bons offices dans le dossier Chagos, c’est qu’elle espère avoir au moins deux îles de cet archipel, pour construire sa base militaire. Car si Narendra Modi avait jeté son dévolu sur Agaléga, l’île est trop petite pour abriter une base militaire. A moins d’éjecter toute la population locale de l’autre île. Un risque qui n’a pas été envisagé. Au vu de ses séquelles au niveau politique et communautaire !

Et c’est là que l’Inde s’est subitement souvenu que l’archipel des Chagos compte plus de 16 îles, dont une seule, Diégo Garcia, est occupée par les Américains. Et comme les Américains ne verraient aucun inconvénient à ce que l’Inde devienne son voisin, les deux pays ayant même participé l’année dernière à des manœuvres terrestres et marines ensemble, il est clair que la présence indienne n’est pas désintéressée. En temps et lieu, les cartes brouillées se mettront sûrement en rang sur la table !

Mais quid du vœu des Chagossiens ? On n’a pas beaucoup entendu Olivier Bancoult sur ce dossier, même si du temps où Sir Anerood Jugnauth était Premier ministre, il était tout le temps invité à la table des négociations. Aujourd’hui on ne l’entend plus, même s’il est partie prenante d’un retour des natifs sur leurs terres natales.

Mais si lui fait silence, les Chagossiens de Grande Bretagne ne restent pas les bras croisés. Bernadette Dugasse, née sur l’île de Diégo Garcia, a entré une action en justice à Londres, contre le gouvernement Britannique. Elle veut faire capoter les négociations entre les gouvernements Britannique et Mauricien. Soutenant que « l’avis des Chagossiens n’est pas tenu en compte. ».Ce qui est vrai, d’ailleurs.

Dans une lettre envoyée au Foreign, Commonwealth and Development Office(FCDO), les avocats représentant la Chagossienne avancent que « ces négociations sont illégales. Car, faites sans consultation aucune avec le peuple Chagossien. Ces négociations doivent cesser, le temps que les principaux concernés, les Chagossiens, donnent leur avis. ».

David Snoxell, ancien haut-commissaire Britannique en poste à Maurice, et désormais militant pour les droits des Chagossiens, se dit d’avis que « ces derniers ont de fortes possibilités de sortir gagnant. Et que les Chagossiens ont le droit de protester, surtout après des années d’humiliation à leur encontre. »

Un porte-parole du gouvernement Sunak n’a pas voulu commenter l’affaire, avec un laconique « nous ne commentons pas des procédures judiciaires. ».Toujours est-il que la voix des Chagossiens ne peut être ignorée. Olivier Bancoult, très discret jusqu’ici, viendra-t-il de l’avant pour conforter l’acte de Bernadette Dugasse ? Time will tell, comme disait le grand Bob Marley !

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