July 13, 2024
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Opinion Politique

Shakeel Mohamed pas prêt pour la fronde

Même s’il fait semblant de parler de « rupture », et qu’il demande aux électeurs de la campagne de ne plus voter castéiste, au fond de lui Navin Ramgoolam n’a pas changé. On en a la preuve après le soi-disant renouvellement de l’exécutif de son parti. Jugez-en vous-même : Kailash Purryag, Ritesh Ramphul, Navin Ramgoolam, sans oublier Dhaneshwar Damry. Soit 4 Vaish en frontline ! Arvin Boolell est réduit à jouer les seconds rôles, même s’il a été présenté comme « homme de terrain » par son leader. Mais ce qui a choqué, c’est l’absence de femmes, même si Stéphanie Anquetil et quelques autres sont là, juste pour la galerie sommes-nous tentés de dire, et aussi de musulmans en première ligne. Même si là encore l’exercice a été fait de façon à faire croire que les musulmans sont pris en compte. Ainsi, Osman Mohamed, pourtant un fidèle du parti et qui compte un important bank-vote, n’a eu que les relations internationales, alors que Shakeel Mohamed n’est que « Vice President », parmi un poste qui ne compte que pour du beurre car, il faut en rire avec la nomination de 5 vice president

Car, au Ptr c’est toujours le leader qui compte et impose son point de vue. Beaucoup de Mauriciens et en tête les musulmans se rappelleront au bon souvenir de son inoubliable et brave grand-père, Razack Mahomed, qui claqua la porte du Ralliement Mauricien de Jules Koenig pour fonder le Comite d’Action Musulman. Une décision bien inspirée, qui lui permit de contribuer à l’accession de Maurice à l’indépendance Travailliste. Fini le temps où un Rashid Beebeejaun incarnait à lui seul la communauté musulmane, et pouvait tout avoir sur un plateau, son ami Dawood Rawat profitant même de sa présence au gouvernement, pour faire fructifier ses affaires.

Aujourd’hui que la communauté musulmane se cherche encore un leader de la trempe d’un Razack Mohamed ou d’un Rashid Beebeejaun, l’occasion était belle pour Shakeel Mohamed de sortir le grand jeu. Mais l’avocat et fils de Yousouf Mohamed ne veut pas jouer le rôle que le destin lui a dévolu. C’est ainsi qu’interrogé sur les rumeurs qui le voyaient quitter le Ptr, pour avoir été mis au rencart, il a juste trouvé à dire : »Je reste fidèle au parti. » Une déclaration qui déçoit, et qui démontre qu’il n’a tiré aucune leçon du passé. On comprend maintenant pourquoi le MSM attire des éléments musulmans, depuis Salim Abbas Mamode, ancien MMM, ancien Ptr et ancien PMSD, mais aussi Ismael Nawoor et Yusuf Nazurally. On pourrait arguer qu’ils délaissent leurs anciens partis pour l’attraction du pouvoir, mais en retour que propose l’opposition aux musulmans actuellement, si ce n’est que des promesses ! Et le Ptr surtout déçoit, car Navin Ramgoolam a voulu faire croire qu’il y aurait de la « rupture »,après le renouvellement de l’exécutif de son parti. Il n’en a rien été. Au contraire, il a renforcé la présence Vaish au sein du Ptr, avec Purryag, son gendre Ramdin, et Damry, considéré comme l’étoile montante du Ptr. D’ailleurs, ceux qui ont assisté à la présentation des nouveaux éléments de l’exécutif, ont été étonnés de voir que Ramgoolam voulait que Damry s’assoit au premier rang, et non dans les travées inférieures. Alors que pour les autres membres présents, il ne s’est guère soucié où ils étaient assis. On remarquera aussi qu’Osman Mohamed a dû mettre la photo du front-bench sur sa page. Et c’est alors qu’on a vu où il était. Car, le « cadrage » photo et caméra était telle qu’on n’a pas vu un seul musulman devant !

En tout cas, si Ramgoolam croit que le MSM restera les bras croisés face à son traitement de la communauté musulmane, il se trompe lourdement. Car, comme souligné plus haut, d’autres musulmans imiteront Abbas Mamode, Nawoor et Nazurally. Car, ils voient de leurs propres yeux comment Navin Ramgoolam traite, ou plutôt maltraite, la communauté musulmane. Au vu de ce qui se passe au Ptr, une seule solution s’impose à Shakeel Mohamed. Et il se définit ainsi :

Shakeel Mohamed peut ouvertement condamner cette intransigeance de Navin Ramgoolam à s’agripper à son poste de leader. Il entrerait ainsi dans les souliers de Sir Abdoola Razack Mohamed, qui avait osé remettre Sir Seewoosagur Ramgoolam à sa place. Ce faisant, il montrerait ainsi qu’il a hérité du franc-parler, du courage, du fiel de son grand-père qui avait remis SSR à sa place et contesté ses initiatives ou décisions mal inspirées.Bien entendu, Shakeel risque d’être limogé ou de voir sa carrière compromise. Mais il doit voir au-delà de 2024 et « put muscles in his mouth » et véritablement confronter NCR. Car, au vu de ce qui se passe actuellement au Ptr, il ne peut plus se dérober. Comment peut-il prétendre, aspirer à devenir un membre du Front Bench, position de privilège qu’il contemple, s’il n’a pas la veine de “challenge” N. Ramgoolam? Car, l’occasion est belle de remettre en question la mainmise de Ramgoolam et des Vaishs sur les rouages du Ptr. Valeur du jour, Shakeel Mohamed a toutes les chances de briser avec réussite ce tabou au PTR. Il aurait ainsi exhibé une attitude téméraire, intrépide. Et aurait réécrit l’histoire de son parti, rejoignant les vrais héros du PTR d’antan.

Nous ne ferons pas l’injure à Shakeel Mohamed de le critiquer davantage sur son coeur de poulet à l’égard de son leader. À charge pour lui de réfléchir et faire amende honorable. Quoiqu’il advienne, si Shakeel Mohamed remettait en cause le maintien de NCR à la tête du PTR, il ne serait certainement pas le perdant. Malgré tout cet immobilisme, ce refus, cette lâcheté à défier Navin, nous avons une certaine confiance que Shakeel Mohamed n’est pas prêt à subir le même sort que Arvin Boolell. Son père Yousouf avait déclenché les hostilités et Shakeel n’a qu’à s’engager dans ce fronde. Plus de place aux calculs, aux tergiversations. Dans le pire des cas, Shakeel sera expulsé du parti. Contre mauvaise fortune, il fera bon coeur. “Un blessing in disguise”, puisque las de vivre à l’ombre d’un faux jeton de leader qu’est NCR, il pourrait prendre le leadership [statut qui lui sied bien] d’un COMITÉ D’ACTION MAURICIEN, une émanation du CAM de SARM. Avec la liberté de faire alliance avec ceux qui peuvent lui servir de tremplin pour sortir, dans un premier temps, sa circonscription du gouffre de l’opposition. Dans deux ans, cela ferait dix ans que le No.3 [Plaine-Verte, Camp Yoloff, St Francois Xavier, Roche-Bois] patauge hors du pouvoir. Mais, bon sang, serait-il aussi difficile de se mettre en tête que le PTR a essuyé la défaite dans deux élections [2014 et 2019] par la seule faute de NCR, et accepter un troisième échec successif, avec Navin collé aux leviers du PTR ?

La communauté musulmane en a marre d’être prise pour quantité négligeable par le Parti Travailliste. Shakeel Mohamed doit en compte, une fois pour toutes !

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